Christian Globensky Marginalia Installation vidéo, 2020

 

 

 

Dans mon travail de photographie, je traque les recoins de ces hétérotopies que sont les musées, centres et galeries d’art. C’est en 1967, dans une conférence tenue devant des architectes, que Michel Foucault désigne pour la première fois des espaces de sécession par l’expression d’hétérotopies, des espaces autres 1 . Et c’est frappant d’ailleurs de réaliser que cette même année que Bukcminster Fuller encapsulera littéralement d’un dôme géodésique le Pavillon américain de l’Exposition universelle de Montréal. Hétérotopies par excellence, affirmant de plein fouet son caractère de création locale qui appartenant à une structure d’empla­cements sociaux de culture déterminée, fait sécession du continuum trivial des règles singulières de ce type d’exposition universelle.

Christian Globensky, Marginalia, Vidéo couleur, 8’35 (en boucle), photographies et textes génératifs, KTA Productions, 2020.

 

Dans cette série intitulée, Inside the museum, qui retrace un cheminement à travers les institutions muséales en les montrant sous leur aspect de contenant — plutôt qu’à s’attacher à présenter leurs contenus —  je photographie les espaces d’exposition, leurs formes architecturales en y soustrayant le contenu qui y est présenté. Ce qui revient à dire que je ne photographie pas les œuvres exposées, mais ce que l’on voit et ressent lorsque l’on détourne le regard de celles-ci : la force plastique qu’exerce sur nous le cadre architectural, ici le white cube, dédié à la technologie de l’esthétique, selon l’expression de Brian O’Derthy.

C’est pourquoi l’on pourrait dire que le but premier de cette démarche est de donner à voir le cadre où se joue l’expérience esthétique, et de montrer les nombreuses facettes de ces formes architecturales, comme autant de pièces à conviction — au sens de salles, de pièces, mais aussi de révélateur —, pour finalement en démontrer une évidence esthétique, comme un dénominateur commun à nos vies. D’une manière intuitive, j’y vois des cellules méditatives, où les espaces contraints, toujours presqu’identiques à eux-mêmes, doivent s’ouvrir sur une infinité de possibilité — mais que je ne connais jamais à l’avance. Je suis à la fois spectateur et acteur, contemplatif et actif, présent et absent, comme si l’un des buts premier était de ne laisser aucune trace. Dans cette démarche esthétique, l’enjeu comme le souligne Jean-Louis Poitevin est de « nous permettre de prendre littéralement conscience de ce qui se joue dans ces marginalia de la monstration », tout autant que de nos postures d’être au monde. Et l’on tentera ainsi de « se tenir à l’extrême limite du champ d’investigation de la phénoménologie qui explore, au moyen de l’époché, ce suspens censé nous ouvrir les portes de la perception juste, la possibilité de percevoir et de comprendre que ce que nous regardons est aussi une entité, vivante ou non, qui nous regarde. »

Dans mon travail d’auteur, les générateurs de textes se sont toujours révélés de subtils stimulants à la recherche par la création.  En m’appuyant sur les travaux de philosophes, de sociologues, de biologistes, et ce, au travers d’un concept d’hybridation d’auteurs appliquée à des textes génératifs, on peut mettre à l’épreuve du numérique la sensibilité humaine, ses passions, ses sentiments qui doivent, quoi qu’il en soit, prendre part aux explications qui nous mèneront aux mécanismes de la vie elle-même, et des conditions de sa régulation — de l’homéostasie à l’hypothèse Gaya.

Michel Foucault, Des espaces autres, conférence au Cercle d’études architectu­rales, in Dits et écrits IV, 1980-1988, Paris, coll. nrf, Gallimard, 1994, p. 752.